On applique le rehaussement des images afin de faciliter l'interprétation visuelle et la compréhension des images. Les images numériques ont l'avantage de nous permettre de manipuler assez facilement les valeurs enregistrées pour chaque pixel. Même s'il est possible d'effectuer les corrections radiométriques pour les effets de l'illumination solaire, les conditions atmosphériques et les caractéristiques des instruments utilisés avant de distribuer les images aux usagers, il peut s'avérer que l'image ne soit pas à son meilleur pour l'interprétation visuelle. Les systèmes de télédétection, et spécialement ceux qui utilisent une plate-forme spatiale, doivent être conçus de façon à pouvoir traiter les différents niveaux d'énergie propres aux cibles et à leur environnement, susceptibles d'être rencontrés dans une utilisation normale. Cette variation importante dans la réponse spectrale des différents types de cibles (ex. : forêt, désert, neige, eau, etc.) rend impossible l'application d'une correction radiométrique générale capable d'optimiser le contraste et les niveaux d'intensité dans chacune des conditions. Il faut donc faire un ajustement différent des tons en fonction de l'utilisation et de l'état de chacune des images.
Dans une image brute, les informations utiles sont souvent contenues dans
un ensemble restreint de valeurs numériques parmi les valeurs possibles
(256 dans le cas de données à 8 bits). Le rehaussement des
contrastes se fait en changeant les valeurs initiales de façon à utiliser toutes
les valeurs possibles, ce qui permet d'augmenter le contraste entre les cibles
et leur environnement. Pour bien comprendre comment fonctionne ce type
de rehaussement, il faut premièrement comprendre le concept de
l'histogramme d'une image. Un histogramme est une représentation
graphique des valeurs numériques d'intensité qui composent une image. Ces
valeurs (de 0 à 255 pour des données à 8 bits) apparaissent le long de l'axe
des x du graphique. La fréquence d'occurrence de chacune de ces valeurs
est présenté le long de l'axe des y.
En manipulant la distribution des niveaux d'intensité (appelés aussi les tons de gris)
dont l'histogramme est la représentation graphique sur l'ensemble des
valeurs admissibles pour une image, il est possible de produire différents
types de rehaussement. Il existe plusieurs méthodes qui permettent de
rehausser le contraste et les détails d'une image. Nous n'en décrirons que
quelques-unes. La méthode la plus simple est un
rehaussement linéaire du contraste. Afin d'appliquer cette méthode, on identifie les limites
supérieures et inférieures d'intensité représentées sur l'histogramme (les valeurs minimales et maximales), et à l'aide d'une transformation linéaire, on
étire ces valeurs sur l'ensemble des valeurs disponibles. Dans notre
exemple, la valeur minimale des données initiales dans l'histogramme est de
84 et la valeur maximale est de 153. Ces 70 niveaux n'occupent qu'un tiers
des 256 valeurs disponibles. Un rehaussement linéaire étire de façon
uniforme cet intervalle afin d'utiliser la totalité des valeurs de 0 à 255. Ce
procédé rehausse le contraste dans l'image en pâlissant davantage les
régions claires de l'image et en assombrissant davantage les régions plus foncées.
Ceci facilite l'interprétation visuelle. Le
graphique suivant montre
l'augmentation du contraste dans une image avant (image du haut) et après
(image du bas) un rehaussement linéaire.
Un étirement uniforme des valeurs initiales sur l'ensemble des valeurs
disponibles n'est pas toujours approprié, particulièrement lorsque la
distribution initiale n'est pas uniforme. Dans certains cas, un
étirement pondéré de l'histogramme peut donner de meilleurs résultats. Cette
méthode assigne un intervalle de valeurs plus grand dans les portions de
l'histogramme pour lesquelles les valeurs d'intensité ont une fréquence plus
élevée. De cette façon, les détails de ces régions seront mieux rehaussés
que les détails des régions pour lesquelles la fréquence des valeurs
d'intensité de l'histogramme est plus faible. Dans d'autres cas, il peut être
préférable de rehausser le contraste dans une portion spécifique de
l'histogramme. Par exemple, supposons que dans l'image de l'embouchure
d'une rivière, les régions où il y a de l'eau occupent les valeurs numériques
dans l'intervalle de 40 à 76. Pour rehausser les détails de l'eau, pour voir
les variations dans la quantité de sédiments en suspension par exemple,
nous pourrions étirer cette petite portion de l'histogramme représentant
l'eau (40 à 76) sur l'ensemble des valeurs disponibles (0 à 255). Tous les
autres pixels ayant des valeurs d'intensité initiales plus grandes que 76
auront une valeur de 255 et ceux ayant des valeurs d'intensité
inférieures à 40 auront une valeur de 0. Les détails dans les autres régions
de l'histogramme seront donc perdus. Cependant, les détails sur l'eau seront
grandement rehaussés.
Les filtres spatiaux représentent une autre méthode de traitement
numérique utilisées pour le rehaussement d'une image. Ces filtres sont
conçus de façon à faire ressortir ou à supprimer des caractéristiques
spécifiques d'une image en se basant sur leur fréquence spatiale. La
fréquence spatiale est liée au concept de texture dont nous avons discuté à
la section 4.2. Elle fait référence à la fréquence de variation des
différents tons qui apparaissent dans une image. Les régions d'une image où
la texture est "rugueuse" sont les régions où les changements dans les
tons sont abrupts; ces régions ont une fréquence spatiale élevée. Les
régions "lisses" ont une variation des tons qui est plus graduelle sur
plusieurs pixels; ces régions ont une fréquence spatiale faible. La
méthode de filtrage spatial consiste à déplacer une "fenêtre" d'une dimension de quelques
pixels (ex. : 3 sur 3, 5 sur 5, etc.) au-dessus de chaque pixel de l'image. On
applique alors un traitement mathématique utilisant les valeurs des pixels
sous la fenêtre et on remplace la valeur du pixel central par le résultat
obtenu. La fenêtre est déplacée le long des colonnes et des lignes de
l'image, un pixel à la fois, répétant le calcul jusqu'à ce que l'image entière ait été filtrée. En modifiant le calcul effectué à l'intérieur de la fenêtre, il est possible de rehausser ou de supprimer différents types de caractéristiques présents dans une image.
Un
filtre passe-bas est conçu afin de mettre en évidence les régions assez
grandes et homogènes ayant des pixels d'intensité similaire. Ce filtre réduit
les plus petits détails d'une image. Il est donc utilisé pour lisser une image.
Les filtres moyenneur et médian, souvent utilisés avec les images radars
(nous les avons décrits au chapitre 3), sont des exemples de filtre passe-bas. Les
filtres passe-haut font le contraire : ils sont utilisés pour raviver les petits
détails d'une image. Un filtre passe-haut peut par exemple se définir en
appliquant premièrement un filtre passe-bas à une image pour ensuite
soustraire le résultat de l'image originale, ce qui produit une nouvelle image
dans laquelle les détails ayant une fréquence spatiale élevée sont rehaussés.
Les
filtres directionnels ou les filtres détectant les contours sont utilisés
pour rehausser les caractéristiques linéaires d'une image comme les routes
ou les limites des champs. Ces filtres peuvent aussi être conçus pour
rehausser des caractéristiques ayant une certaine orientation dans l'image.
Ces filtres ont de nombreuses applications en géologie pour la détection de
structures géologiques linéaires.
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